The Globe and Mail - Une banque caritative sur les rails

Une personne de 23 ans est à l'origine de l'idée de l'institution financière destinée aux organismes à but non lucratif, écrit PAUL WALDIE

Par PAUL WALDIE
Mercredi 31 mars 2004 - page B1


Aaron Pereira a 23 ans et veut démarrer une banque. Pas seulement une banque, mais une institution financière caritative sous réglementation fédérale appelée la Banque communautaire.

Il a eu cette idée voilà plusieurs années, lorsqu'il a rencontré des difficultés pour financer son propre organisme de bienfaisance à Toronto, CanadaHelps, qu'il a démarré avec deux amis quand il était à l'Université Queen.

« Nous n'avions pas accès au crédit à court terme », déclare M. Pereira. Il a effectué des recherches et a remarqué que d'autres pays avaient des banques spécialisées dans les prêts, hypothèques et conseils en placement aux organismes de bienfaisance et a décidé que le Canada devait faire de même.

Il a soumis son concept à Tim Brodhead, qui dirige la Fondation de la famille J.W. McConnell à Montréal. M. Brodhead fut impressionné et ils ont rapidement rassemblé une équipe d'éminents bailleurs de fonds, comprenant Ed Waitzer, ancien président de la Commission des valeurs mobilières de l'Ontario, Judith Maxwell, ancienne présidente du Conseil économique du Canada, et toute une liste de sociétés, dont la Banque de Montréal.

L'an passé, le groupe a fait des démarches auprès du gouvernement fédéral pour la banque et dans son dernier budget, Ottawa a accepté l'idée. Si tout se passe bien, la Banque Communautaire ouvrira ses portes l'an prochain.

En vertu du plan actuel, la banque acceptera les dépôts et fournira une panoplie de services financiers aux organismes à but non lucratif.. La banque sera un organisme de bienfaisance enregistré.

« Nous cherchons à offrir des produits de dépôt, des produits de crédit et d'autres services de conseils aux organismes de bienfaisance partout au pays », a déclaré M. Pereira.

Il a ajouté qu'un bon nombre de services seraient disponibles en ligne. « Nous allons essayer de réinventer la roue. Le Canada a une très, très bonne infrastructure financière ». Le groupe cherche un partenariat avec les banques traditionnelles pour développer un réseau de succursales.

Ultérieurement, la Banque communautaire pourrait étendre ses activités, accepter des dépôts et offrir plus de services, par exemple des services bancaires d'investissement ou de gestion de trésorerie.

L'idée repose en partie sur l'exemple de la Banque caritative britannique, qui a ouvert ses portes en 2002 et a prêté environ 9,2-millions £(22 millions de dollars canadiens) à 88 organismes de bienfaisance. La Banque caritative accepte des dépôts du public qui sont considérées dans certains cas comme des dons pour lesquels il est possible de demander des allègements fiscaux.

La Banque communautaire ne ciblera pas au début les déposants publics. Elle encouragera au contraire les organismes de bienfaisance à mettre leur ressources en commun, a déclaré Lynne Toupin, qui dirige le groupe de recherche du secteur bénévole et est aussi impliquée dans le projet de la banque.

« C'est cette mise en commun des ressources et des actifs qui nous permettra d'effectuer des économies d'échelle », a déclaré Mlle Toupin. « Il y a là une réelle opportunité. Pratiquement un million de personnes travaillent dans le secteur bénévole. Il existe 80 000 organismes et des millions de dollars d'actif ».

M. Brodhead a déclaré que la banque était un élément crucial dans la mesure où les organismes de bienfaisance éprouvent des difficultés de financement de plus en plus grande ces dernières années. Les principaux donateurs et les agences gouvernementales préfèrent appuyer des projets spécifiques et non des coûts d'administration, a-t-il déclaré. Ceci a « déclenché une crise forçant les organismes à trouver d'autres moyens de financement de leur administration de base de façon à pouvoir exécuter les projets pour lesquels ils étaient financés ».

Il a ajouté que les grandes banques ne sont pas très enthousiastes à l'idée de prêter aux organismes à but non lucratif parce que ces derniers n'ont souvent pas de trésorerie stable et sont perçus comme présentant des risques importants. Les banques veulent aussi éviter d'avoir à demander le remboursement d'un prêt à un organisme de bienfaisance.

M. Brodhead a déclaré être étonné de la rapidité avec laquelle cette idée de Banque communautaire avait été accepté par les organismes de bienfaisance, le secteur privé et le gouvernement. « Je pensais que bien des gens diraient, 'Non, non. C'est impossible.' En fait, la réaction a été très positive ». Il en donne le crédit à M. Pereira. « Parfois, ces choses ont besoin d'être regardées avec de nouveaux yeux. Nous exerçons dans ce domaine depuis longtemps et sommes quelque peu résignés. 'Nous ne pouvons faire ceci. Nous ne pouvons faire cela,' et quelqu'un comme Aaron débarque et nous demande : ' Pourquoi donc ?' ». M. Brodhead s'est mis à rire quand on lui a parlé de l'âge de M. Pereira. « Pour ma première rencontre avec Aaron, je lui ai suggéré d'avoir une discussion au bar de l'hôtel Royal York. Il a dit : « Je ne sais pas si je peux encore y accéder ». « Nous avons donc du prendre un verre au snack-bar ».

M. Pereira est bien placé pour aider au démarrage de la Banque communautaire. CanadaHelps est un service en ligne qui dirige les dons vers des organismes de bienfaisance enregistrées (ses frais sont couverts par les dons des entreprises). Il dévie l'attention vers d'autres organismes du groupe. Mais quand on lui demande s'il est enthousiasmé par l'idée que son projet puisse devenir une réalité, il répond : « Il est relativement passionnant de voir le type de valeur que cela pourrait créer dans le secteur.

 

 

 

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